Cap à 125 °: CORSICA

le 03 août 2021, après une semaine de mistral sur Porquerolles, nous décidons sur un coup de tête de réaliser un rêve que nous n’imaginions pas concrétiser tout de suite : faire avec les enfants, la traversée, sur Mamina jusqu’en Corse. Avec un peu d’appréhension, beaucoup d’inconnues, mais aussi beaucoup d’excitation, nous avançons avec un vent de travers, toutes voiles dehors… En fin de journée, nous avons la chance de voir des dauphins qui chassent en groupe autour du bateau. Un peu plus tard, nous apercevons de plus en plus de jets, accompagnés de souffles sourds, les baleines sont au rendez-vous tout autour de nous. Nous en apercevons deux de très près, quel spectacle, quel cadeau de la nature, nous sommes tous les 4 le sourire scotché jusqu’aux oreilles, heureux de cette aventure que l’on s’offre en famille. La nuit tombe, les garçons ne se font pas prier pour rejoindre leur cabine. Pierre et moi commençons les quarts de deux heures, le vent tombe et nous affalons les voiles vers minuit pour continuer au moteur. La nuit est noire, sans lune, c’est très impressionnant. Quelques lumières dansent autour de nous, se sont d’autres bateaux qui font la traversée vers l’île de beauté.

La voie lactée est de plus en plus lumineuse, et de nombreuses étoiles filantes traversent le ciel. C’est beau, mais j’avoue que c’est aussi stressant et vertigineux de se sentir si petits, si vulnérables sur notre embarcation à braver la méditerranée, mer riche et incertaine, capricieuse et fantastique!

Je prends conscience que sortir de sa zone de confort donne des ailes, je me sens vivante, en harmonie avec moi et avec plus grand que moi… L’effort est donc toujours récompensé d’une manière ou d’une autre, je m’imprègne pleinement de cette phrase, pour tous les moments où je peux être « procrastinatrice professionnelle ».

«J’avais désormais une conscience aiguë du temps qui passe, la certitude qu’il ne faut surtout pas remettre les choses à plus tard, mais au contraire, savoir profiter dans l’instant de chaque petit bonheur, saisir chaque opportunité, chaque chance que nous offre le destin.»

Susan Hill, La dame en noire

La nuit se termine, et les côtes Corse apparaissent avec le lever du jour! Youpi, nous arrivons, nous passons les Sanguinaires, et nous accostons au port Tino Rossi d’Ajaccio après 30H de navigation et 143 Milles Nautiques (MN) parcourus. Une Pietra bien méritée au bar du port, les garçons savourent une glace, et nous rejoignons des amis pour la soirée.

Le 06/08 : Après avoir fait le plein du bateau en eau et en en produits locaux, nous mouillons sur la plage des remparts de l’autre côté du port. Romain et ses deux garçons montent à bord pour découvrir la voile, un vent idéal, nous profitons du golf d’Ajaccio.

Ensuite, nous descendons tranquillement sur 3 jours jusqu’à l’anse de Campomoro dans le golf de Propriano en passant par des coins sublimes et sauvages.. Les garçons se régalent avec le Paddle, le sable, les vagues… Par contre toutes nos nuits sont secouées par la houle qui s’insère dans toutes les anses, inconfortable, nous sommes réveillés plusieurs fois par nuit (ce qui sera le cas de tout notre séjour).. Campomoro nous change des petits mouillages tranquilles que nous avons faits, fini de se sentir Robinson, nous avons du mal à nous faufiler entre les bateaux pour enfin trouver une petite place où poser l’ancre.

J’insiste sur le mot poser ! Malheureusement, nous observons encore trop de plaisanciers qui jettent leur ancre n’importe où, puis mettent de grands coup de moteur en arrière pour accrocher, terrible pour les fonds marins lorsqu’ils visent la posidonie, cette plante protégée, oasis de vie. Pourtant la meilleur accroche est le sable, et au moins, cela ne fait pas de dégâts lorsqu’on pose ou remonte l’ancre. Soyons vigilants si nous voulons continuer notre passion, il faut protéger notre mer !

Bref, je retourne à Campomoro, baie connue grâce aux dauphins qui y ont élu domicile. Nous avons eu la chance de les apercevoir en allant sur la plage avec notre fidèle Idefix, notre annexe vaillante qui prend un peu l’eau.. Ce spectacle compense à peine l’attraction touristique que les dauphins génèrent. En même temps, nous sommes là aussi, à en profiter.

Nous retiendrons de cette expérience, que ce qui nous semble le plus nous correspondre, est une recherche de la simplicité et de l’authenticité. Nous sommes contents de lever l’ancre au matin pour retrouver des lieux plus sauvages.

Le soir, nous mouillons au Cap Muro, seuls sur nos cailloux nous crions de joie avec les garçons, Pierre nous pêche une murène sous les conseils de la poissonnière du marché d’Ajaccio. Beaucoup d’arêtes, ce n’est pas évident à manger. Un orage aux éclairs rouges passe à côté de nous, c’est impressionnant, pas très rassurant, le vent tourbillonne, heureusement il ne fait que passer.

Nos soirées sont très agréables avec les garçons, nous aimons faire des parties endiablées de UNO, regarder le soleil se coucher, observer les étoiles. La vie de rêve, conscients de la chance que nous avons, avec une météo clémente, une mer chaude.. La vie proche de la nature, simple, nourrie de ses essentielles : s’émerveiller, s’occuper simplement, être ensemble, découvrir le monde qui nous entoure, essayer d’avoir un impact écologique minime, être conscients de la fragilité de notre système…

Nous remontons tranquillement la côte Ouest, mouillage aux sanguinaires, à Cargèses, devant le Capo Rosso, les calanques de Piana, la petite crique de Féajola avec ses petites maisons de pêcheurs, Porto..

… Bon il fallait bien que ça arrive, et c’est mieux que ça tombe sur moi que sur les enfants : la fameuse piqûre de méduse! Elle ne prévient pas la coquine, j’étais tranquillement en train de nager autour du bateau au mouillage, quand soudain une vive douleur foudroyante et paralysante m’a atteint au bras.. J’ai crié, mes trois gars ont sorti la tête du bateau en se demandant bien ce qu’il se passait. Nous n’avions pas trop croisé de méduses sur la côte Corse, du coup ma vigilance était au plus bas .

Pelagia noctiluca, cette petite bête gélatineuse tirant sur le rose-violet que l’on voit régulièrement le long de nos côtes, sans aucune pitié pour les baigneurs insouciants, sa piqûre urticante provoque une vive brûlure puis des démangeaisons cutanées qui durent un certain temps…

L’astuce testée et validée pour limiter l’impact de sa piqûre : sortir de l’eau sans paniquer, rincer à l’eau, gratter la zone avec une carte (type fidélité ou CB) pour retirer le mucus urticant (glue jaunâtre), rincer .. Appliquer une bonne couche d’Aloe Vera avec quelques gouttes d’ Huile essentielle de Lavande Aspic (bon quand on va juste à la plage c’est moins facile d’en avoir sous la main… Mais pourquoi ne pas prévoir?). Le soulagement est quasi immédiat, ouf, car cette petite bêbête fait vraiment mal! J’ai gardé la trace accompagnée d’un prurit une bonne dizaine de jours en appliquant régulièrement de l’Aloe Vera et de l’huile de coco pour calmer et hydrater ma peau..

Revenons à notre aventure… Un fort coup d’Ouest est annoncé, nous allons nous réfugier à Girolata, une navigation de 7,3 MN sous foc avec les 2 ris dans la GV. Des vagues impressionnantes se sont formées, les garçons sont dans le bateau, pas rassurés (Léon nous a dit avoir eu très peur après coup, et jusqu’à la fin de la traversée il a eu besoin d’être rassuré par rapport aux vagues). Nous arrivons à bon port au bout de 2H40, accueillis par la capitainerie pour amarrer le bateau à une bouée. La petite plage de Girolata a des airs de bout du monde, avec ses vaches paisibles sur la plage, quelques jolies maisons de pêcheurs, ambiance détendue, les enfants jouent pieds nus. Nous profitons du restaurant sur le front de mer, les garçons se font des copains et jouent entre les vaches . Nous restons encore une journée car le vent est toujours fort. Nous en profitons pour faire marcher un peu nos jambes sur le sentier du Facteur, des vues à couper le souffle, les garçons tiennent le rythme malgré la chaleur et le dénivelé (ils sont motivés à s’entraîner pour gravir les volcans l’année prochaine!).

Une fenêtre météo se profile, nous montons un peu plus au nord (Galéria) la veille de notre départ. 6H du matin, nous levons l’ancre, nous jetons la traîne qui jusque là est toujours revenue bredouille, une heure plus tard Pierre remonte une bonite de 1,7 Kg, les garçons se réveillent et assistent à la sortie du poisson que l’on dégustera en tartare le midi et en darne le soir! Merci Neptune pour ce beau présent. Le vent est faible, dans la nuit nous alternons avec des phases de moteur. Une baleine sort juste derrière le bateau au clair de lune, toujours aussi majestueux et impressionnant. La journée est longue, heureusement quelques Tortues Caouannes nous font la joie de passer près de nous. Dans une pétole, Pierre plonge à la rencontre d’une tortue, mais elle s’éloigne rapidement. J’en profite d’avoir le bateau à l’arrêt pour me tremper un peu, je ne suis jamais très à l’aise lorsqu’il y a autant de fond.. Je reste accrochée à l’échelle, lorsqu’une baleine apparaît ! Je suis remontée d’un bond dans le cockpit, je préfère observer les cétacés du bateau: même s’ils sont inoffensifs, j’ai toujours de l’appréhension ( j’ai en tête une plongée avec les requins baleines aux Philippines où j’ai vu ma vie défiler lorsque j’étais dans l’axe d’un requin qui avançait bouche ouverte, je me revois palmer comme une folle et crier dans mon tuba…). Nous arrivons à 19H00 à Porquerolles, tout le monde en a marre et rêve de mettre le pied à terre. Chose faite, nous profitons de la bonne ambiance de l’île d’or en soirée, heureux de l’aventure que nous avons vécu tous les quatre et avec une grosse envie de partir prochainement pour la Sicile..

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