Les Baléares

Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là?

L’idée de partir plusieurs mois en bateau en famille a germé depuis de nombreuses années et a commencé à réellement pousser au printemps dernier: envie de prendre le large, de changer d’air, de se reconnecter à l’essentiel à nos yeux : la nature ! Comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs, surtout après ces épisodes de confinements répétés et toutes ces incertitudes par rapport à la suite de cette crise sanitaire que nous traversons..

Allez ! cap! on se lance dans l’aventure, à la poursuite de nos rêves et de nos envies! Vivons la vie que nous avons envie de vivre, avec son lot de doutes, d’incertitudes et d’inconfort mais surtout étanchons notre soif de liberté ! Remplissons nous de cette nature qui fait le monde, allons l’explorer, l’observer, la ressentir de près !

Après l’emballement d’avoir tout les deux adhéré au projet, nous en avons parlé aux garçons, qui eux aussi ont été séduits par la proposition: partir jusqu’en Sicile, gravir les 3 volcans italiens, voyager en bateau… Bon, alors! c’est parti? On va mettre les voiles en mai 2022.

Une fois l’euphorie passée, la réalité nous rattrape, les doutes s’installent : comment faire pour subvenir à nos besoins sans bosser, allons-nous réussir à louer notre maison… Mais surtout nous n’avons jamais fait de longues traversées ensemble, je n’ai pas navigué de nuit depuis plus de 20 ans, nous nous sommes pas confrontés à des vents supérieure à 20 Nœuds… Tout cela, il va falloir le gérer avec les enfants qui ne sont pas encore totalement autonomes. Il faut donc ancrer des réflexes, mieux nous connaître dans ces situations et faire confiance à notre bateau! En gros, il va falloir s’entraîner tous les deux afin d’être sécure et partir plus tranquillement. Nous avons trouvé un créneau en septembre : Mes beaux-parents sont d’accord pour garder les enfants et les scolariser un mois dans leur magnifique village d’Ardèche (Chalencon), l’école de Valence (St Apollinaire) nous suit dans notre aventure, et l’accueil des garçons dans la classe unique de Chalencon s’est fait tout en douceur par une journée d’intégration au mois de juin, grâce à un maître/ directeur enthousiaste et très ouvert! Un grand merci à tous de nous avoir permis de mettre en place cet entraînement!

L’été passe, finalement nous nous sommes sentis de partir au mois d’août avec les enfants en Corse, traversée, navigation de nuit, gros vent. Nous savons le faire !… Notre entraînement n’a plus vraiment lieu d’être vu qu’on l’a fait et que tous les 4 nous nous sentons capables de partir plus loin et plus longtemps !

Cependant, nous avons tout mis en place, avec les parents et les écoles, c’est compliqué de revenir en arrière au dernier moment, d’autant plus que nous avons loué notre maison jusqu’à fin septembre. Alors, autant partir s’entraîner le cœur léger, même si nous nous sentons moins légitimes dans notre démarche. Nous quittons donc Chalencon après la rentrée des enfants, ils ont un peu d’appréhension à notre départ, largement compensé par l’amour qu’ils portent à leur grands-parents, la joie de retrouver leurs 2 cousins dans la classe de 14 élèves, et de profiter de la bonne cantine cuisinée par leur super tonton (l’Ormeau traiteur). Nous partons rejoindre Mamina que nous avions laissé pendant 10 jours au port de Saint Mandrier , le cœur gros, avec l’appréhension de partir si longtemps (4 semaines) loin des garçons. Allez, vivons au jour le jour et profitons de l’opportunité que l’on a de poursuivre nos rêves !

Après un week-end sympathique en présence du cousin de Pierre et de sa compagne, je fais un saut de puce à Paris où j’anime avec ma cousine une formation sur le soin Rebozo. Pierre me retrouve à Toulon avec le bateau, nous sommes, tous les deux, bizarrement mitigés sur notre situation… On devrait être trop contents, et pourtant on se sent pas vraiment à notre place, on a peur de la charge que l’on inflige aux grands parents, on se sent trop loin des enfants ( ce tiraillement entre l’état de joie et de doutes va nous poursuivre tout au long de notre périple)… Heureusement, nous ressortons à chaque fois avec le sourire quand nous avons les garçons au téléphone ou en visio : il sont heureux, ils se régalent.. L’école est top, ils construisent une cabane géante avec leur Mamine, ils font des kilomètres de vélo, des visites, de l’accrobranche… Ils font plaisir à voir et à entendre.. Du coup ça nous met du baume au cœur de les savoir bien, à nous de faire le job pour en profiter !

Il y a beaucoup de vent annoncé, nous décidons d’aller vers Marseille dans un premier temps. Jolie navigation où nous envoyons le spi, passons le cap Sicié, la Ciotat.. Et nous ancrons au bout de 9 H devant l’île Riou. Nous sommes deux bateaux dans une crique aux eaux cristallines, une sensation d’être privilégiés de pouvoir être là! Le vent monte au petit matin, nous faisons cap sur Marseille avec deux ris et le foc et nous rentrons dans le port avant 11H. Nous profitons de la journée pour visiter un peu Marseille (principalement le quartier du panier) et nous rejoignons le soir Ségo (une cousine de Pierre) et Paolo pour un bon restaurant sur les hauteurs. En retournant sur Mamina, on check (encore une millième fois) la météo sur Windy.. Allez chiche! on va aux Baléares! Nous sommes là pour nous entraîner, et faire des choses que nous n’aurions pas faites si les enfants étaient avec nous!.. j’ai fais un post spécial pour la traversée qui nous a quand même pas mal secoués! Mais nous sommes fiers d’y être matelots. Les Baléares, rien que le nom me fait rêver !

Après s’être reposés de cette folle traversée, nous levons l’ancre du mouillage de Favaritx vers 15H pour aller 4MN plus loin vers l’Ouest : la cala de Addaya. Le ciel gris donne un éclat particulier (tropical même vu la chaleur) à la mer, à la végétation et aux maisons blanches qui bordent cette profonde crique. Cette cala est comme un bras de mer immense et sans fin qui serpente sur la Terre, grandiose ! C’est un peu l’idée que je me fais des Fjords Norvégiens, en plus plat, le point culminant de Minorque étant El toro (362 m) et ne se situe pas directement sur la côte. Nous posons le pied à terre, et nous sommes un peu déçus de trouver un village de grosses maisons, pour la plupart les volets clos, sans âme, sans ambiance, sans commerce. La pleine saison touristique est passée, cet endroit nous laisse une drôle d’impression. Nonobstant cette atmosphère particulière, nous trouvons un petit resto ouvert sur le port avec un charmant serveur content de parler français, afin de nous délecter de quelques Tapas locaux (mejillones, pan de ajo y queso, calamar frit …) De retour au bateau, de nouveau des tiraillements nous assaillent, par rapport au fait d’être là, de ne pas bosser, d’être loin des enfants… Du coup nous n’apprécions pas totalement notre chance d’être là, ou si, nous apprécions mais nous ne nous sentons pas légers, pas complètement disponibles.

La méditation, le travail de calmer son mental et d’être dans le moment présent nous aide beaucoup à relativiser et à repartir sur du positif… Cela fait quelques temps que nous pratiquons avec Pierre, et c’est un vrai cadeau de réussir à prendre de la hauteur sur une situation, plutôt que de rester le nez coincé dedans !

Ce n’est pas évident d’être éloignés des enfants, et pourtant nous en rêvions souvent de nous retrouver tous les deux, de vivre pour nous, à notre rythme, un peu égoïstement. Car pour moi les enfants c’est apprendre à leur côté l’altruisme, le dévouement inconditionnel, l’amour généreux. Par moment dans le quotidien, lorsque la routine ou la fatigue s’installe, je ne me rendais pas compte à quel point c’est riche et la chance de les avoir, car ils me font grandir, et c’est la plus belle création de voir ses « bébés » épanouis, découvrir le monde avec leurs yeux débordant de curiosité ! Ils font partie de la génération du futur, je leur souhaite de trouver l’équilibre pour un monde serein et apaisé. J’ai à cœur de leur transmettre mes valeurs : observer, apprécier et protéger la Terre, Pachamama, mais aussi goûter à la puissance de l’amour en s’entourant d’une famille (de sang et de cœur).

Nuit calme, réveil au petit matin par un orage important qui nous passe dessus. Pendant que nous buvons notre café bien à l’abri, nous entendons un moteur qui tourne juste à côté de nous. Pierre sort la tête, un voilier a dérapé et reprend le contrôle. Finalement nous nous rendons compte que nous dérapons aussi ! Mamina se rapproche sérieusement et dangereusement des bateaux aux bouées.. K-way enfilé en deux deux, Pierre démarre le moteur sous la pluie battante et les éclairs. Je remonte l’ancre, les 25 mètres de chaîne se relèvent plus vite que d’habitude avec l’adrénaline !!! puis nous remouillons avec un peu plus de chaîne dans ce fond vaseux.. L’orage diminue puis se dissipe complètement, nous ne risquons plus rien.. Première expérience de décrochage, et j’espère dernière ! Nous avons de suite téléchargé une application qui alerte en cas de dérapage du bateau, merci la technologie, j’espère que ça nous aidera car je ne veux pas revivre cette situation ! Finalement, tout se finit bien, nous sommes là pour expérimenter..

J’ai quand même l’impression que mon cœur bas différemment depuis cette traversée, je suis encore profondément stressée, et tous les événements (décrochage, beaucoup de vent annoncé, orages qui doivent encore frapper, ne pas parler espagnol..) font que mon niveau de vigilance est au plus haut, ce qui n’est pas de tout confortable et de tout repos… Moi qui rêvais secrètement de mettre les doigts de pieds en éventail sur un font de crique paradisiaque en prenant le temps de lire des bons bouquins… Bah, ce n’est pas vraiment cela que l’on vit !

Note : j’ai quand même pu me régaler du premier roman de la talentueuse Amélie Charcosset : Je ne suis pas née ce matin, une poétesse contemporaine..

Changement de décor pour le mouillage d’après : Arenal d’en Castell : baie ronde de sable blanc. Nous sommes hors saison, c’est calme mais il y a tout de même pas mal d’activité… Par contre deux gros immeubles pas très esthétiques défigurent le paysage, dommage qu’ils n’aient pas réussi à mieux intégrer l’accueil des touristes sur le littoral ! Nous profitons bien de ce repos en nageant dans la baie, en dégustant un bon petit plat cuisiné à bord, de quelques parties de Backgammon.. Beaucoup de vent est annoncé pour la suite de notre aventure, il faut apprendre à savourer le moment présent.

Nous allons à Fornells, un petit port de pêcheurs très beau avec ses maisons blanches, sa tour plate, ses palmiers, ses bateaux traditionnels. Nous nous amarrons à une bouée, que nous n’allons finalement pas quitter pendant 3 nuits. C’est rassurant d’être bien amarrés, car le vent fait siffler les haubans, et crée des vagues dans ce chenal éloigné de la mer. Nous sommes bien embêtés de nous retrouver coincés, mais cela fait partie des aléas de la navigation… Nous dépendons de la météo ! Nous ne nous laissons pas abattre en retrouvant nos doutes et interrogations sur le fait d’être ici, du coup on loue un scooter pour visiter l’île par l’intérieur. Belle découverte, avec la ville de Ciutadella, sa cathédrale, son marché aux poissons, les carrières de pierre de Lithica, les criques de la cote ouest, Mahon, ses ruelles et ses maisons colorées… Nous avons vraiment bien fait d’en profiter pour nous imprégner un peu plus de Minorque.

Le lendemain nous partons de Fornells à pied par la côte jusqu’au phare de Cavalleria, 15km de points de vues époustouflants. Nous ne rencontrons pratiquement personne sur ce beau GR superbement entretenu. Au phare, accessible en voiture, nous sommes plutôt nombreux, ça fait même bizarre de voir du monde, nous nous sentons parfois tellement seuls sur notre voiler, ou lorsque nous empruntons des sentiers.. Nous sommes contents de trouver une voiture qui nous prend en stop pour le retour. Nous profitons qu’il y ait un supermercat à Fornells pour prendre de quoi faire des Tapas Minorquais à nos familles et amis à notre retour, les ravitaillements se faisant rares lorsqu’on est au mouillage, isolés. Nous avons bien fait, car dans la soirée, un regard sur la météo nous laisse apercevoir une fenêtre de retour possible le lendemain matin. C’est parti, nous sautons sur l’occasion, direction Toulon, en regrettant de ne pas avoir tout vu, de ne pas avoir profité des plages paradisiaques et des eaux turquoises, mais soulagé de nous rapprocher des enfants, d’être sur le retour.

La traversée s’est faite avec un bon vent au prés bon plein la plupart du temps.. Une moyenne de 5,5 Nœuds dans des vagues d’environ 1m50 et une jolie gîte. Dans l’après-midi du premier jour, je vais à l’avant affaler le génois pour endrailler le foc, nous sommes loin des terres, seuls à l’horizon. Au moment où notre voile avant est sur le pont, nous apercevons un énorme Jet privé qui se rapproche de nous.. C’est pas possible, on a l’impression qu’il nous fonce dessus ! Là, mon imagination se met en ébullition, peut-être sont-ils en détresse et essayent d’amerrir à côté de nous pour qu’on puisse les récupérer ? J’ai les jambes coupées par le stress (encore!), le jet, lui est à quelques dizaines de mètres au dessus de nous … Nous pourrions apercevoir le pilote si la vitre n’était pas teintée… Ahahgggaa !!!!.. Ouf, il tourne autour de notre mât et repart à 180°, sur sa route initiale. Ne tenant plus sur mes jambes, je finis de mettre en place le génois à quatre pattes et je reviens vers Pierre qui m’avoue avoir eu très peur aussi.. Bon après analyse, il se trouve qu’on a juste été en présence d’un pilote bienveillant qui a dû observer que notre voile avant avait été affalée et voulait vérifier si nous avions besoin d’aide… Sympa le jet, mais vraiment impressionnant ! Après coup, on en rigole bien.. Tout seuls sur notre embarcation, c’est pas commun comme rencontre !

Le soir nous observons des éclairs au loin, nous avons peur que l’aventure de l’allée se réitère.. Du coup nous dormons peu et restons ultra vigilants dans notre observation des nuages. Nous croisons peu de ferry, et aucune voile.. Des heures seuls face à cette immensité. Quelques Dauphins et tortues nous rendent visite; un aileron noir et arrondi est aussi venu nous observer, nous ne l’avons pas bien identifié : requin ou poisson lune?

Nous posons l’ancre à la plage d’argent (au nord de Porquerolles) deux jours plus tard, sous 20 Nœuds avec des rafales, de nuit entre les bateaux, il est 2 heures du matin… Exténués, contents d’être en terrain connu.

Deux jours de coup de vent (mistral) nous ont fait opter pour nous réfugier au port de Porquerolles. Nous profitons d’une journée randonnée à terre pour faire le tour de l’île Ouest par le sentier du littoral, 17 km et environ 500 mètres de dénivelé de bonheur. De plus nous avons la chance grâce aux journées du patrimoine, de faire la visite du fort du grand Langoustier, animée par la belle fille du docteur Paul Vuillard qui a restauré pratiquement seul les ruines abandonnées depuis 1875. Passionnante histoire.

J’aime cette île que je connais depuis longtemps et que je découvre toujours !

Nous faisons la rencontre aussi de nos voisins de ponton : un navigateur solitaire belge qu’on ne se lasse pas d’écouter à bord de son sangria (petit prince 2), autour de quelques verres de Captain Morgan, et deux copines dans la 60N qui prennent du bon temps.

Le vent tourne à l’est, nous allons profiter de Port Cros après une belle navigation au lever de soleil, et nous enchaînons sur une randonnée de 12 km sur la partie Nord de l’île. Le soir, nous sommes invités à bord du bateau des deux copines de Porquerolles. Nous passons une excellente soirée, elles sont drôles, aventurières et très chaleureuses !

Encore quelques navigations avec du bon vent et des mouillages magnifiques (l’estagnol, l’anse Méjean). Notre France à tellement à nous offrir ! La fin de l’aventure se rapproche, il nous reste encore quelques jours pour faire des travaux sur Mamina (vaigrage, agencements…), afin d’améliorer nos conditions de vie à bord…

Nous sommes très fiers de ce que nous avons mis en place pour vivre cette expérience, et surtout nous avons déjà hâte de repartir, avec les garçons cette fois. La mer est envoûtante, elle nous appelle, et nos rêves en sont imprégnés…

Un énorme merci à mes beaux-parents de nous avoir permis de vivre cette folle aventure qui nous fait grandir et nous construit !

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer